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Gentrification / périurbain

La "boboïsation" des villes franciliennes

Débat sur les bobos au Forum Ile-de-France 2030
mer, 03/27/2013 - 11:33

« Le bobo » ou bourgeois-bohème, tout le monde en parle. La preuve en est avec ce débat particulièrement vif, organisé lors du dernier forum Ile-de-France 2030, sur lequel nous vous proposons de revenir : « Le Bobo, menace ou chance pour les quartiers populaires ? ».

Dominique Voynet (maire de Montreuil), Jacques Salvator (maire d’Aubervilliers) et la sociologue Stéphanie Vermeersch, chargée de recherche au CNRS ont tenté d’apporter leurs réponses à cette question. Tour d’horizon des 3 points à retenir de cet échange.

Le bobo dont on parle est l’acteur principal de ce qu’on appelle la gentrification. Mais à quoi renvoie ce phénomène ? Le sociologue Jacques Donzelot nous explique que la gentrification est avant tout un jeu d’échanges : « les classes moyennes montantes et leurs flux de diplômés remplacent les classes moyennes descendantes (non diplômées) » dans les quartiers populaires.

Pourquoi partir ?

Le prix de l’immobilier : voilà l’une des premières causes avancées pour expliquer la gentrification des banlieues franciliennes. Face à l’envolée des prix de l’immobilier de Paris, les logements de banlieue, plus accessibles, attirent les classes moyennes et supérieures. Un élément que souligne Férouse Mansour dans son article publié sur Libération.fr, rappelant qu’à Bobigny, le mètre carré coûte 3 200 euros contre 6 000 euros dans la capitale. « Avec notre budget, acheter à Paris n’était même pas envisageable » confie une nouvelle habitante de Bobigny.  
 

« Avec notre budget, acheter à Paris n’était même pas envisageable ».


La qualité de vie est également un critère qui pousse des catégories moyennes à migrer : l’accessibilité des transports et la présence d’espaces verts font partie des critères qui séduisent les bobos. Dominique Voynet l’explique lors de son intervention, le quartier du bas-Montreuil, relié au réseau de métro parisien est plus « boboïsé » que les autres quartiers de la ville.
 

La gentrification, chance ou menace pour la mixité sociale ?

En France, la gentrification fait débat car elle se heurte à un idéal particulièrement fort : l’idéal de la mixité sociale. La sociologue Stéphanie Vermeersch rappelle combien cet idéal politique est important dans l’organisation des villes françaises. En France, contrairement à des pays anglo-saxons, la ségrégation urbaine est considérée comme une situation dommageable.

Montreuil est ainsi présentée comme l’archétype d’une ville fracturée par la gentrification. Même si les choses évoluent doucement, explique Stéphanie Vermeersch, le bas-Montreuil est investi depuis quelques années par une population plus aisée, qui modifie la vie de quartier. Une arrivée qui bouleverse les équilibres, en faisant notamment augmenter les prix (de l’immobilier et des commerces), au détriment des anciens habitants.

Cette ségrégation quotidienne, Lucie Bouzigues et Maud Damas nous l’expliquent à travers le témoignage d’un étudiant de Montreuil. Pour ce jeune, la ville a deux visages très inégaux : « De l’autre côté de l’autoroute inachevée qui traverse la ville, on entre dans le Haut-Montreuil, avec ses barres HLM. »
 

« De l’autre côté de l’autoroute inachevée qui traverse la ville, on entre dans le Haut-Montreuil, avec ses barres HLM. »



Mais cette critique de la gentrification n’est pas systématique. Pour Jacques Salvator, maire d’Aubervilliers (l’une des villes les plus pauvres de France métropolitaine) cette arrivée est une chance, qui contribue à dynamiser sa ville. Cette nouvelle population ne se substitue pas aux habitants installés à Aubervilliers, elle s’ajoute à elle et l’enrichit.
 


L’évitement scolaire : 1er avatar d’une mixité sociale absente ?

L’un des terrains d’enquête les plus significatifs pour étudier cette mixité sociale demeure l’école. Pour Stéphanie Vermeersch, les méfaits de la gentrification sont directement visibles à travers le processus de l’évitement scolaire.

A l’école primaire, le problème est rarement présent. Dominique Voynet le souligne : « la majorité des habitants de Montreuil envoient leurs enfants à l'école publique en primaire ». La question de l’évitement scolaire se pose au moment de l’entrée au collège.

La plupart des enfants de catégories moyennes et supérieures des quartiers populaires intègrent des collèges privés pour éviter d’évoluer dans les établissements publics du quartier, considérés comme moins bons ou plus violents. Un phénomène qui accentue la ségrégation des populations et des représentations sociales.

On observe cependant des initiatives comme celles des nouveaux arrivants de Noisy-le-Sec  qui se mobilisent dans les écoles pour convaincre un maximum de familles d’inscrire leurs enfants dans les collèges publics de la ville.

Le phénomène d’évitement scolaire ne dépend pas seulement du choix des classes supérieures. Il est aussi dû au mode de recrutement des collèges, lycées et ensuite universités françaises. S’attaquer au processus d’évitement scolaire nécessite donc de revoir l’ensemble du système scolaire français, « en revoyant les modes de recrutement des grandes universités ou en supprimant les classes prépa ! » conclue la sociologue Stéphanie Vermeersch.

A l’image de l’évitement scolaire, le processus de gentrification s’inscrit dans un contexte plus large où l’idéal de mixité sociale se heurte à une réalité sociale toujours plus complexe à encadrer.

Images :

Montreuil par Ajoly (via Flickr sous licence CC)

Salle de classe par Dalbera (via Flickr sous licence CC)

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