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Société de la connaissance

Demain, une monnaie francilienne ?

mer, 05/01/2013 - 11:49

« Le monde du partage devra remplacer le partage du monde ». Cette citation de Claude Lelouche était un peu le mot d’ordre du OuiShareFest, la grande fête de l’économie collaborative organisée par OuiShare et La Fonderie Ile-de-France du 2 au 4 mai dernier à Paris. En ces temps où nos vieilles économies font grise mine, la collaboration et le partage des connaissances pourraient bien être les moteurs de la transition vers une nouvelle ère industrielle : c’est ce qu’ont voulu montrer les promoteurs de cet événement unique en Europe.

Parmi les sujets abordés les symboles de la nouvelle économie étaient donc à l’honneur, et parmi eux les monnaies complémentaires se sont taillées la part du lion avec deux conférences et un workshop. Il faut dire que ces nouveaux systèmes d’échanges font parler d’eux dans nos quartiers : le sol violette à Toulouse, Timebank dans les villes britanniques et espagnoles ou plus proche de nous, la « pêche » à Montreuil, les nombreuses initiatives ont de quoi intriguer. Mais pourquoi aurait-on besoin d'une monnaie locale en plus de l'euro ?

Etienne Hayem est consultant en flux financiers chez CitizenCan et membre de l’équipe derrière le OuiShareFest. Pour lui, ces monnaies sont une solution locale à un désordre global :

 « Les monnaies nationales sont toutes liées entre elles, elles constituent un unique système de valeurs au niveau mondial. En termes économiques, c'est un monopole, avec tous les risques que cela comporte... Prenez un village qui ne vit que de la culture du blé. Si un jour un parasite détruit tous les plans de blé de la région, ses habitants mourront de faim. Alors que si ce village avait pensé à cultiver différentes variétés de céréales, il en resterait toujours assez pour supporter de nombreuses crises. Il en va de même pour la monnaie ».

Pour Etienne Hayem, ces innovations trouvent naturellement leur place dans les ruptures de la révolution numérique et portent les mêmes promesses :

 « Dans une économie participative, nous ne sommes plus de simples clients : nous contribuons, participons à la production de richesses grâce aux réseaux et à Internet. Le pouvoir et la propriété sont plus décentralisés et mieux partagés ».
 

« La monnaie, c’est un contrat social »

Pour ces militants de la « biodiversité monétaire », les monnaies ne sont que des moyens pour mettre en valeur qui on est réellement : quelles valeurs on veut défendre ? Quels comportements on veut promouvoir ? Bienvenue dans un monde où système monétaire rimerait avec développement personnel.

La monnaie, c’est un outil, mais aussi un pouvoir et un monde d’opportunités , explique encore Etienne Hayem au micro de Joanna Julien :

« On peut se servir de la monnaie pour dominer et contrôler les autres, ou tout simplement se poser la question : comment prendre nos responsabilités vis-à-vis de ce pouvoir ? Les monnaies comme l’Euro ou le dollar sont orientées sur le court terme et tirent leur valeur des dettes des gens. Le mouvement autour des nouvelles monnaies comme Bitcoin montre une autre voie : en devenant émetteurs de monnaie, les citoyens ont le pouvoir de choisir à quoi ils veulent donner de la valeur.  C’est un peu le même principe que les certifications en ligne, quand les utilisateurs de sites communautaires peuvent se noter les uns les autres sur certains critères et se constituent un « capital social ».
 


Pour lui, l’intérêt des monnaies complémentaires réside dans le fait que les villes et territoires qui adoptent leur propre système d’échange peuvent ainsi se poser la question : « quel futur voulons-nous ? Voulons-nous une ville plus propre, plus verte, ou plus partageuse ? Et comment agir, qui sont les acteurs qui s’engagent ? ».

« C’est un processus de design, on designe un flux de monnaie qui est créé quelque part, est détruit ailleurs et doit « couler » entre les différents acteurs de l’économie locale. Cela permet de prendre conscience de ce qui est vraiment derrière la monnaie : au-delà d’un système d’échanges il y a des conventions collectives, des responsabilités et des risques collectifs à partager – autrement dit, un contrat social. Sans une bonne gouvernance de la monnaie, la démocratie ne vaut rien ; c’est pourquoi nous avons besoin d’un changement de paradigme ».

Ce paradigme, Etienne Hayem et son binôme Isabelle Delannoy l'appellent « économie symbiotique » : une économie dans laquelle les acteurs génèrent des externalités positives, sociales, écologiques et économiques – et dont l’économie collaborative est l’un des principaux piliers.  
 

Un système de développement personnel et communautaire

Sybille Saint Girons et Christophe Cesetti font le même constat : l’euro est devenu rare, pourtant notre société produit toujours une abondance de richesses, aussi bien économiques que sociales. La question qu’ils se posent est donc la suivante : comment un territoire peut-il tirer parti de ces ressources locales qui ne sont que très partiellement révélées et valorisées par les flux monétaires ?

« Une monnaie locale, c’est d’abord une communauté – des gens qui se mettent d’accord – et une intention », explique Sybille Saint Girons au micro de Clio Meyer. Elles redynamisent l’économie locale, mais peuvent aussi fédérer tous les acteurs de la transition : « Si on est à même d’utiliser une autre unité, par exemple basé sur le temps où une heure équivaut à une heure, on va pouvoir créer des richesses entre nous et moins utiliser l’euro ». C’est ainsi l’échange qui crée la valeur.

Mais comment convaincre les habitants du quartier de l’intérêt d’une telle révolution dans leurs interactions sociales ? Pour Christophe Cesetti, il faut être « humble, modeste, et ne pas vouloir tout changer du jour au lendemain » :

«  C’est en aidant les communautés à raconter ce qui compte pour elles, en les faisant arriver à maturité dans leurs choix qu’on atteindra une masse critique qui pourra faire le poids face aux systèmes économiques conventionnels ».

Dans leur activité d’accompagnement de collectifs à la mise en place de monnaies complémentaires, ils s’attachent donc à co-construire des solutions adaptées à chaque communauté, et pour eux le processus est au moins aussi important que le résultat.

 


Des initiatives soutenues par la Région

Elaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés, utilisateurs et usagers : voilà la définition de l’innovation sociale selon le Conseil supérieur de l'économie sociale et solidaire d’Ile-de-France. 

Parce que l’innovation sociale est une source de création d’emplois et de richesse sur le territoire francilien, la Région a lancé un appel à projet pour accompagner et soutenir des projets socialement innovants.  Ce premier volet s’adresse tout particulièrement à quatre types d’initiatives : des projets de monnaies complémentaires territorialisées, des accorderies (structures d’échanges de services entre particuliers), des plateformes d’échanges de biens et/ou de services entre entreprises ou entre associations franciliennes et des plateformes de finance participative (crowdfunding).

Vous êtes intéressé-e par ces questions et voulez participer aux (r)évolutions en cours dans votre ville ou votre quartier ? Dépêchez-vous ! Vous pouvez répondre à l'appel d'offres jusqu'au 30 mai.

 
Photo : Money, par 401(K) 2013

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