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Culture

La culture, un remède anticrise ?

mar, 06/18/2013 - 14:47


Des musées qui enregistrent des records d’affluence, des festivals qui font le plein... : la culture en Île-de-France affiche une belle santé. Et, pourtant, elle n’est pas à l’abri de coupes budgétaires parfois sévères... Dans un tel contexte, les acteurs culturels prennent des risques et partent à la conquête de nouveaux publics. Petit tour d’horizon, sous le regard d’Alexia Fabre, la directrice du MAC/VAL de Vitry-sur-Seine (94) qui accueille les 22 et 23 juin prochain le forum Ile-de-France 2030 « Va voir, va savoir ! ».


Un article du magazine de la Région Île-de-France.
 

Du neuf toute l'année

La force incontestable de l’Île-de-France est d’éveiller en permanence la curiosité du public. Au printemps, la Nuit européenne des musées permet de redécouvrir des trésors franciliens. Aux beaux jours, la Fête de la musique envahit l’espace public, tandis que Futur en Seine consacre la culture de l’innovation. Les festivals prennent le relais : Solidays, Rock en Seine, le Festival d’Île-de-France...

En septembre, les professionnels de la culture se donnent rendez-vous autour du bassin de la Villette, à Paris: pendant deux jours, Spectaculaire dévoile les temps forts de la saison à venir dans quelque 250 lieux de la région. En même temps, les Franciliens s’arment de patience pour accéder aux musées et aux sites historiques participant aux Journées du patrimoine. Une initiative qui fait des petits : dans la foulée, la Région a instauré l’an dernier une Semaine régionale des patrimoines, avec découvertes de sites et débats sur les enjeux du paysage. L’offre culturelle francilienne ne se tarit pas en hiver. Elle consacre le hip-hop à Suresnes (92), les arts numériques avec le festival Némo à Paris, Colombes (92), Créteil (94), Évry (91)... Elle trouve aussi des accents militants, avec Cinébanlieue à Saint-Denis (93), les Bobines sociales à Paris 20e et Montreuil (93), ou grâce au Festival international du film d’environnement, en février.

Pour conserver leur pouvoir d’attraction, les sites franciliens ont recours à des programmations exceptionnelles. Ainsi, en 2011, alors que la morosité bat son plein, plus de 930000 visiteurs se pressent au Grand Palais pour contempler l’exposition Claude Monet. À la Cinémathèque, c’est Jacques Demy qui doit attirer les foules cette année. Battra-t-il le record d’entrées enregistré par la rétrospective Stanley Kubrick ? À Milly-la-Forêt (91), la discrète Maison Cocteau mise jusqu’à fin juin sur l’exposition consacrée au décorateur et costumier Christian Bérard, ami de l’artiste, pour s’imposer dans le paysage francilien. Créer l’événement pour exister, dans une région où l’offre culturelle est pléthorique, est une des clés du succès. À la tête du MAC/VAL, Alexia Fabre en sait quelque chose : ce musée d’art contemporain a ouvert ses portes alors que les banlieues s’embrasaient fin 2005.

« Tous les médias avaient les yeux braqués sur la banlieue, le musée est arrivé en contrepoint. Cela nous a donné une très forte exposition médiatique. Mais la médaille a son revers... La presse ne s’intéressait qu’à la dimension sociale du musée, pas à son projet artistique. »

 

Du nouveau partout

Pour séduire de nouveaux publics, la culture doit aussi s’inviter là où on ne l’attend pas. Longtemps, le cœur de Paris a aspiré toute la création, tous les spectacles. Sans faire de l’ombre au Louvre, au musée d’Orsay et au centre Pompidou, l’offre culturelle s’est installée peu à peu au cœur des quartiers populaires. Le Fonds régional d’art contemporain, le Plateau, se niche dans le 20e arrondissement. Le CentQuatre, lui, dans le 19e. Et on ne compte plus les lieux qui émergent, parfois loin du périph : l’Usine à chapeaux à Rambouillet (78), l’Empreinte à Savigny-le-Temple (77), le Centre national de la danse à Pantin (93), le Deux-pièces-cuisine au Blanc-Mesnil (93), les 26 couleurs à Saint-Fargeau-Ponthierry (77), l’académie Fratellini à Saint-Denis (93), la Briqueterie, lieu dédié à la danse contemporaine, à Vitry-sur-Seine (94)... À Ris-Orangis (91), Adrienne Larue a installé sa compagnie et son chapiteau au cœur des Docks de Ris, un quartier urbain qui sort de terre. L’alchimie n’est pas toujours simple. 

«C’est vrai, à Vitry-sur-Seine, les gens ont besoin de soutien, de travail, de transport. Ils ne réclament pas spontanément d’accéder à l’art contemporain, souligne Alexia Fabre. Et, pourtant, leur adhésion a été immédiate. Les habitants ont vu pousser le musée. Aujourd’hui, il est un élément de fierté.»

Sans oublier l’impact économique: le MAC/VAL emploie 70 personnes...

Enfin, pour mettre les pratiques culturelles et les créations à la portée de tous, compagnies théâtrales, écrivains ou musiciens n’hésitent pas à sortir de leur environnement pour investir dans des cadres plus insolites. En Seine-et-Marne, les Concerts de poche organisent des concerts classiques dans des salles polyvalentes de villages. De plus en plus d’écrivains travaillent en résidence dans des lycées, des hôpitaux, des maisons de retraite. Un mouvement soutenu par la Région Île-de-France, qui va créer un musée éphémère pour que l’art contemporain soit accessible à tous, partout.
 


Attention, fragile

Face à la profusion d’équipements et d’événements culturels en Île-de-France, on pourrait croire que ce secteur traverse un état de grâce quand tous les autres pans de l’économie francilienne sont secoués par la crise.

Mais, derrière l’affiche, la réalité est moins rose. Ainsi, entre 2003 et 2010, le chiffre d’affaires des librairies indépendantes a reculé de plus de 5%. D’où l’intervention massive de la Région pour les préserver, avec une aide à la reprise et à la création, à la restructuration des fonds propres ou au développement d’animations culturelles. Depuis 2007, 88 librairies ont bénéficié de ce soutien.

La situation des disquaires indépendants est encore plus alarmante: selon le Club action des labels indépendants français (Calif), «en moins de 20 ans, près de 90% des magasins indépendants ont disparu, au profit de rayons de disques dans les grandes surfaces alimentaires ». Le disque, un bien de consommation comme un autre? Ne pouvant s’y résoudre, la Région aide ces professionnels à acquérir des fonds discographiques généraux ou thématiques.

Et les années qui viennent ne seront pas de tout repos. L’Orchestre national d’Île-de-France a dû mobiliser tous les passionnés de musique symphonique et le succès de sa pétition a conduit l’État à revenir sur son désengagement. Le MAC/VAL vit, lui aussi, à l’heure des incertitudes.

« Oui, nous allons ralentir le nombre d’acquisitions du musée, annonce Alexia Fabre. Mais il est légitime de réinterroger nos pratiques et nos priorités. »
 

 

Photos : PictureTank
Infographie : WeDoData.

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